Pendant des mois, impossible de trouver ma pièce finale.
Si vous connaissez un peu le rythme d'un défilé de mode, vous savez que le dernier look porte tout le poids. Le message. L'émotion. Traditionnellement, les designers choisissent de clore le spectacle avec une robe de mariée — quelque chose de hautement symbolique, de dramatique, de presque cérémoniel.
Mais je savais que ce n’était pas mon histoire.
Alors que je préparais le défilé du 10e anniversaire de MAS Montréal plus tôt cette année, je n’arrêtais pas de me demander : Quelle est la bonne pièce finale ? Pas celle qu'on attend. La vraie.
Et rien ne venait.
Alors, j’ai attendu. Pas par indécision, mais par profond respect pour le moment. Dans un monde qui exige constamment des réponses rapides, choisir de s'asseoir dans le silence devient un acte de foi.
Le jour où tout s’est aligné
Puis, je suis allée visiter l’exposition sur la mode africaine avec mon ami Derek. (Si vous avez eu la chance d'y passer pendant qu'elle était en ville, vous savez que c'était un chef-d’œuvre absolu).
Dès que j'ai franchi la porte, quelque chose s'est transformé. La musique, les textures, le mouvement indéniable des vêtements, l'audace des imprimés, la finesse du travail artisanal. Ce n'était pas seulement inspirant pour les yeux — c'était une reconnexion profonde. Familère. Complètement vivante.
Une résonance tranquille s'opérait en moi.
Ces derniers mois, j'ai plongé plus profondément dans ma noirceur, ma communauté, mon sentiment d'appartenance à une groupe. Choisir de présenter ce défilé anniversaire pendant le Mois de l'histoire des Noirs n'était pas un calcul marketing ; c'était purement intuitif. Mais jusqu'à cet après-midi-là, je n'avais pas encore réussi à mettre des mots sur le pourquoi.
À la seconde où je suis sortie de l'exposition, l'évidence m'a traversée. Pas lentement, pas subtilement. Un éclair — clair, immédiat, incontestable.
Je savais exactement quelle serait ma pièce finale.
Le tissu qui attendait son heure
En 2024, ma famille m'avait envoyé un tissu magnifique à la suite d'une célébration familiale au Bénin à laquelle je n'avais pu assister. Ils m'avaient dit de créer quelque chose de beau avec.
Je ne l'ai pas fait.
Non pas parce qu'il n'était pas splendide, mais parce que je ne savais pas encore où était sa place. En tant que designer, je crée rarement des pièces pour moi-même. Alors, le tissu est resté plié. Il a attendu, protégeant son temps dans l'ombre, jusqu'à ce que l'espace se libère.
En sortant de cette exposition, le tissu m'a parlé. C'est là qu'il doit aller.
Mon look de finale allait naître de ce textile exact. Une pièce profondément ancrée dans la lignée, l'identité et une histoire honnête. Soudain, l'alignement était total : la symbolique du Mois de l'histoire des Noirs, le travail intérieur et ancestral que je menais, et ce désir de clore un chapitre de 10 ans avec quelque chose de profondément vrai plutôt que d’attendu.
Quand on arrête de forcer les choses
Ce qui me frappe le plus dans cette expérience, ce n'est pas le design en soi — c'est la médecine du processus.
Je n'ai pas forcé l'idée. Je ne me suis pas précipitée pour combler le vide sur le portant. J'ai eu confiance : si cette pièce devait exister, elle se révélerait lorsque le corps et l'esprit seraient prêts à la recevoir.
Et c'est ce qui est arrivé.
Il y a une force douce et incroyable à laisser la clarté arriver selon ses propres termes au lieu de chercher à la fabriquer. En tant que créatrice, surtout après une décennie à bâtir une marque, on ressent une pression constante à prouver, à grimper les échelons, à se dépasser soi-même. Mais ce look final n'était pas une question de spectacle. C'était une question d'intégration.
Il s'agissait d'honorer d'où je viens, d'honorer les mains qui m'ont offert ce tissu, et d'honorer l'évolution réelle et sereine de MAS.
La boucle se boucle
De retour au studio, lorsque j'ai partagé cette étincelle avec mon amie, le dernier espace s'est ouvert.
Je rêvais déjà de créer une ode à la femme noire — à notre présence, notre immense douceur et notre puissance innée. Et particulièrement à nos cheveux. Notre couronne. Une réappropriation tranquille d'une beauté qui nous a toujours appartenu.
Pour donner vie à cette vision, j'ai collaboré avec l'incroyable Chanel de chez Filorama pour imaginer une broderie sur mesure et complexe sur le haut. Ce qui n'était au départ que des lignes sur papier est devenu une lettre d'amour textile. Une pièce ancrée dans notre histoire, née d'un véritable partenariat d'artisans, honorant les femmes noires.
Cette finale n'était pas seulement une façon de clore un défilé. C'était une façon d'ouvrir une porte.
Esprit libre, présentoirs légers
Ce défilé a marqué la fin magnifique d'un cycle de dix ans. Aujourd'hui, le calme est revenu au studio, et je ressens l'appel d'un tout nouveau chapitre pour MAS — un chapitre plus personnel, ancré et aligné avec notre bien-être que jamais.
Pour faire de la place, physiquement et émotionnellement, à ce qui s'en vient, j'ai besoin d'alléger l'espace et les portants.
Du 4 au 6 juin, j'ouvre les portes de mon studio montréalais pour notre vente PE26 et d'archives. Je laisse partir les collections passées et les échantillons d'archives pour laisser toute la place à l'avenir.
Si cette histoire résonne en vous, ou si vous avez simplement envie de ressentir ces vêtements sous la lumière douce du studio où ils ont été imaginés, je vous invite à passer. Venez prendre un café, toucher les tissus, rendre visite à nos merveilleux voisins céramistes Sam & Sarah (qui seront d’ailleurs ouverts les 5 et 6 juin !), et simplement être là, avec nous.
Ce sera un immense bonheur de vous accueillir à la maison.
Avec amour,
Mckenna